Initiation à la lecture rapide

La lecture rapide est une méthode visant l’amélioration de la vitesse de lecture et de la compréhension des textes en travaillant sur plusieurs points : suppression de la redondance et de la subvocalisation, recherche thématique, organisation, métacognition… J’ai suivi une formation de trois jours sur le sujet dans le cadre du monitorat à Paris 6 (par ALM formation). En outre le formateur a abordé de nombreux points comme l’écriture – aussi bien le style que son histoire et le lien avec la religion et la politique –, l’organisation dans l’activité de recherche et la transmission dans l’enseignement.

La formation joue à la fois sur les registres physiologique et cognitif : en dehors des exercices visant à améliorer la capacité visuelle, elle fournit certains éléments pour mieux appréhender les textes tout en prenant en compte les objectifs fixés (e.g. en répartissant le temps utile à chaque tâche, ou en ne s’attardant pas sur un texte peu nécessaire). Ce gain de vitesse est valable pour tout texte linéaire composé de caractères alphabétiques (donc elle n’est pas utile pour lire plus vite une formule ou des idéogrammes), même si les complexités respectives de deux textes entrent en jeu pour les vitesses relatives.

Il s’agit d’un outil formidable qui permet de consulter un grand nombre d’œuvres qui nous intéressent principalement pour leur contenu et non pour leur forme. Mais il est évident qu’il est toujours possible de « ralentir » pour profiter d’une lecture, par exemple un roman pour se détendre ; la lecture rapide est à voir comme un outil qui reste disponible dès que nous en avons besoin plutôt que d’une approche systématique à avoir.

Plusieurs auteurs ont travaillé sur les méthodes de lecture rapide ; le principal étant certainement François Richaudeau avec son livre Méthode de lecture rapide (que je n’ai pas encore lu). Au cours de la formation nous avons utilisé le livre Lecture rapide – Lire vite, c’est lire mieux, de Gabriel Putto (à commander sur le site de ALM).

Physiologie de la lecture

Champ visuel efficace

Sur les 180° du champ visuel de l’homme, seuls les quelques degrés correspondant à la fovéa permettent de lire efficacement (on parle de champ visuel efficace, ou CVE). La lecture se fait par fixation (ou saccade) d’environ 0.3s chacune ; ainsi plus l’angle de lecture est important, plus sera grand le nombre de caractères déchiffrés à chaque fois :

  • pour un lecteur non entraîné, l’angle est de 2°, soit 8–12 caractères par fixation (environ un mot en français) ;
  • pour un lecteur entraîné, l’angle peut augmenter jusqu’à 4°, soit 16–24 caractères.

L’exercice proposé dans livre afin d’augmenter le CVE consiste à fixer des colonnes de mots de longueurs croissantes en essayant de voir l’intégrité du mot. Différents compléments peuvent s’ajouter à cet exercice pour vérifier que les mots sont bien vus (épeler les consonnes/voyelles en partant du début/fin) ou pour améliorer la mémorisation (restituer tous les mots de la colonne, etc.).

En augmentant la fluidité de la lecture et en s’entraînant à faire circuler le regard sur les lignes, un lecteur moyen à qui il faut 4–5 fixations par ligne peut ainsi passer à 2–3. Un autre exercice du livre consiste à lire un texte dont les mots sont groupés en deux blocs séparés d’un blanc sur chaque ligne.

D’autres types d’exercices permettent de s’entraîner à lire plus vite et à adapter le champ visuel.

Redondance et subvocalisation

Deux mauvaises habitudes viennent encore ralentir la lecture et sont donc la cible du programme de lecture rapide :

  • La redondance, ou surlecture (retour en arrière, à l’échelle du caractère ou de la phrase) augmente avec la fatigue, la complexité du texte et les conditions de l’environnement (transports en commun, bruit…). Le fait de relire plusieurs fois un passage ou des mots désorganise la lecture et fait perdre de vue le fil conducteur du texte : elle est en cause quand nous avons l’impression de comprendre un texte « mot à mot » mais que le sens général nous échappe.
  • La subvocalisation (prononciation mentale ou à voix basse/haute des mots) réduit énormément la vitesse de lecture : celle-ci entre en conflit avec la boucle phonologique, laquelle permet de fixer les informations dans la mémoire à long terme via la répétition, car elles sollicitent le même mode. Par contre la (sub)vocalisation et la répétition orale sont primordiales lorsqu’il s’agit de retenir une élément précis (poème, maxime, formule…), au contraire la boucle phonologique permet de saisir les concepts et l’idée générale du texte.

La redondance peut s’éliminer par la pratique, en s’efforçant de ne pas revenir en arrière quand nous n’avons pas compris un passage ou un mot : il est probable que le contexte et la suite du texte suffisent à les éclairer. Dans le cas contraire il vaut mieux finir le paragraphe avant de prendre une note pour se rappeler de chercher le mot dans un dictionnaire plus tard (ou de revenir sur le passage en question). L’amélioration de ce point permet de gagner en fluidité et en confort de lecture.

Cette pratique peut être très difficile à abandonner, surtout pour des scientifiques, car elle demande de privilégier la vitesse à la compréhension, et d’accepter que l’on ne peut pas tout comprendre d’un coup, qu’il faut accepter de laisser des trous dans notre compréhension (car, paradoxalement, cela a un effet global bénéfique). Lire avec un curseur (comme un marque-page) qui cache le texte juste lu peut aider à s’empêcher de relire.

De même la subvocalisation peut s’éliminer en prenant conscience de sa présence et en se forçant à ne pas prononcer le mots. En effet le son (même pensé) est beaucoup plus lent que la pensée.

Posture et environnement

La posture influence énormément sur la qualité de la lecture. Voici les éléments d’une bonne position : pieds à plat sur le sol, cuisses horizontales, dos droit et calé contre le dossier, coudes posés sur la table, le livre posé dans les mains et incliné pour être dans le champ de vision. Plus le texte est difficile, plus il est intéressant de se tenir droit ; et à l’extrême limite même de se tenir debout (par exemple avec un pupitre). Il faut éviter de bouger la tête car l’œil doit s’adapter à nouveau à chaque fois.

Dans l’environnement sonore, les bruits parasites (réfrigérateur, circulation à l’extérieur…) ne sont pas ceux qui perturbent le plus la lecture car ils ne sont pas « menaçants », au contraire des bruits qui impliquent une attention (personne se déplaçant à proximité, etc.), car il devient nécessaire de les prendre en compte pour « prédire » le futur. C’est la raison pour laquelle il est ardu de se concentrer dans le métro ou le bus car il nous faut surveiller en permanence les gens se déplaçant à proximité (surtout si certains semblent violents), les arrêts pour être prêt à descendre…

Pour finir cette section, voici une classification (approximative) des types de lecteurs en fonction du nombre de mots lus par minute :

  • parole : 180–250 ;
  • infra-lecteur : < 180 (début en langue étrangère, apprentissage de la lecture, pauvre alphabétisation ; ces personnes vont préférer un cours oral plutôt qu’écrit) ;
  • petit lecteur : 180–250 (découpe syllabique, e.g. en apprenant à placer les accents toniques dans une langue étrangère) ;
  • lecteur moyen : 250–450 (subvocalisation plus réduite) ;
  • grand lecteur : 450‑650 (quasi-absence de subvocalisation) ;
  • lecteur expert : 650–1100 (absence de subvocalisation).

On détermine la catégorie d’un lecteur en faisant lire un texte suivi d’une série de questions qui permettent de déterminer la compréhension qu’il en a (on parle de taux de restitution).

Organisation et mémorisation

Dans cette section je donne quelques stratégies dont le but est de permettre au lecteur de trouver et d’organiser les connaissances qui l’intéressent.

Avant la lecture

  • Tenter de définir le texte (et éventuellement son auteur) en amont afin de cibler l’information cherchée. Ce travail passe par une réflexion sur les différentes dimensions de la notion qui nous intéresse et sur les différents registres qui peuvent être couverts.
  • (Surtout) pour un article, mettre une note a priori sur l’utilité de l’article : en plus de permettre une classification par ordre de priorité, cela engendre investissement personnel dans le texte.

Pendant la lecture

  • Dans un paragraphe, lire plus lentement les premières et dernières phrases, qui contiennent l’essentiel de l’argument, et passer plus rapidement sur le centre.
  • Les mots à rechercher en priorité dans un texte sont ceux qui lui donnent sa structure : sujets, verbes, connecteurs logiques.
  • Toujours se souvenir de la raison pour laquelle nous lisons (ceci n’est pas sans lien avec l’idée de métacognition que j’évoquais précédemment) : il faut adopter une démarche active, et non passive, a fortiori quand l’environnement est riche en perturbations (métro, quand quelqu’un parle en arrière-plan…).
  • Rester aussi neutre que possible pendant la lecture afin de ne pas rater ou mal interpréter un passage à cause de nos opinions préconçues.

Après la lecture

  • Si besoin changer la note attribuée avant la lecture, et éventuellement en attribuer une deuxième indiquant l’utilité future de l’article.
  • Il est très important de structurer et de synthétiser les informations. Par exemple en écrivant un résumé : cela permet d’organiser ce que nous avons retenu du texte, d’en avoir une vue globale et de le personnaliser pour mieux retrouver des informations par la suite (puisqu’il est impossible pour un chercheur de retenir le contenu de tous les articles qu’il lit).

Divers remarques sur la lecture

  • Pour un français moyen, une phrase normale comporte de dix à vingt mots ; au-delà elle est considérée comme complexe.
  • Un français lit en moyenne un livre par an. On considère que quelqu’un est un grand lecteur à partir de 25 livres par an.
  • Le record de vitesse est détenu par une femme avec 40 000 mots/min (et un taux de restitution de 95% aux questions posées).
  • Le texte en colonne des journaux est tel qu’une fixation permette de lire un paragraphe entier : si on a l’impression de hacher les phrases ou de ne pas pouvoir en suivre le fil c’est que l’on fait plusieurs fixations par ligne.
  • La lecture silencieuse est un progrès récent, autour du VIIè siècle (e.g. Saint Augustin lisait à voix haute et ne pouvait pas imaginer faire autrement). D’ailleurs la lecture à voix haute demeure en contexte religieux, les textes saints étant souvent écrits pour être prononcés.

Conclusion

Cette formation sur la lecture rapide m’a passionné : cela faisait plusieurs mois que j’avais l’impression de ne plus lire aussi bien qu’avant (lecture relativement lente, pas de souvenir du contenu du texte…), mais grâce à cette méthode j’ai découvert que je pouvais réellement travailler dessus et j’ai repris confiance dans mes capacités de lecture. Lors du test initial je lisais de l’ordre de 400 mots/min avec un taux de restitution de 30%, tandis qu’à la fin du stage j’atteignais 1100 mots/min avec un taux de l’ordre de 60%.

2 réflexions au sujet de « Initiation à la lecture rapide »

  1. Christion

    Bonjour,

    J’apprends la lecture rapide. Actuellement je suis un lecteur lent, vraiment lent : après entreinement j’atteint à peine 200 mots/min. je voudrais bien améliorer mais je n’évolue pas. je suis parvenu à decouvrir mon réel probleme. Mon problème est la subvocalisation. J’ai beau cherché sur internet des techniques pour arreter la subvocalisation mais je n’y arrive pas toujours. J’ai comme l’imprression que je en vais jamais arreter de subvocaliser. SVp est il possible de me donner des astuces afin d’arreter la subvocalisation ? je subvocalise dans ma tete, je sens que c’est un vrai relanti dans ma lecture. Merci de me répondre par mail (kazadich@yahoo.fr) pour par ce forum.

    Répondre
  2. Harold Erbin Auteur de l’article

    Bonsoir,

    Si vous ne parvenez pas à lire plus de 200 mots/min c’est que le problème ne vient pas de la subvocalisation (sauf si cette dernière est orale), à mon avis : personnellement avant de suivre la formation (et même encore maintenant) je subvocalise presque tout ce que je lis, et pourtant je suis autour de 500 mots/min (limite où il faut se débarrasser de la subvocalisation pour progresser encore, en général).

    D’après la « classification » des lecteurs plus haut, votre problème devrait se situer plus au niveau de la reconnaissance des mots et de la structure de la phrase. Peut-être pourriez-vous essayer de vous intéresser à la méthode globale de lecture. Dans tous les cas pour progresser il faut lire beaucoup, et avec l’habitude votre vitesse va s’améliorer progressivement.

    Ainsi je pense (mais je n’en sais guère plus que ma propre expérience et ce que j’ai appris durant la formation) que vous ne devriez pas trop vous inquiéter de la subvocalisation pour l’instant – sauf si elle est orale, auquel cas il faut se forcer à lire dans sa tête.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *