Bouddhisme zen et paix, livres Thich Nhat Hanh

Ces derniers mois j’ai acheté et lu divers livres de Thich Nhat Hanh (cf la bibliographie à la fin) sur le bouddhisme zen : le livre de M. Ricard et J.–F. Revel et mes lectures sur internet m’ont donné envie de m’intéresser de plus près à cette pensée. En effet celle-ci me convient car elle n’exige aucun acte de foi, mais plutôt une compréhension par l’expérience personnelle, laissant chacun libre de progresser à son rythme. De plus elle propose des préceptes pleins d’humanisme, ainsi que des méthodes concrètes et « laïques » pour améliorer notre vie, à travers une meilleure compréhension de notre fonctionnement interne et de nos relations avec les autres.

Thich Nhat Hanh est un moine zen d’origine vietnamienne qui s’est établi en France depuis trente ans, au Village des pruniers, où il est possible de faire des retraites. Ses écrits visent principalement à aider les hommes à vivre à paix en leur permettant d’apprendre à communiquer et à retrouver leur vie intérieure.

Description des livres

Le premier livre – Clés pour le zen [1] – explique la pensée bouddhiste (histoire, pratique, « objectifs », littérature), principalement du courant zen. Le second, La paix en soi, la paix en marche [2], vise à donner des outils pour rétablir la communication entre deux personnes (ou groupes) qui sont en « guerre » l’un contre l’autre. Le livre s’échafaude autour des rencontres organisées au Village entre des groupes palestiniens et israéliens, visant à rétablir un échange à ceux-ci et à leur permettre de s’exprimer. Les récits de ces rencontres sont très touchants. Finalement le dernier livre – La colère [3] – décrit par quelle méthode nous pouvons transformer notre colère en une force créatrice, et à renouer avec les personnes qui nous sont chères, avec lesquelles les relations ont pu se détériorer à cause d’une incompréhension mutuelle.

Du fait que Thich cherche en premier lieu à toucher tout le monde, il prend soin de présenter des outils accessibles à chacun, quelle que soit sa confession religieuse : son but est réellement d’apporter la paix dans les communautés humaines, et non pas de convertir les gens au bouddhisme. Ce trait est particulièrement visible dans [2] puisque les groupes israéliens et palestiniens ont évidemment déjà une religion qui ne peut tolérer que ses « fidèles » en adoptent une autre en parallèle (contrairement à ce qui peut se faire en Asie). Il rappelle que la recherche de Dieu n’est pas dans l’ostentation ou dans la parole, mais dans la vie elle-même et en nous-même, et ceci est vrai pour ces diverses religions :

« (…) Vous demeurez maintenant dans l’ultime, dans Allah, dans Dieu, dans Bouddha.  C’est reconnaître que vous touchez l’ultime dans l’ici et maintenant. Ce n’est pas une question de temps. L’ultime est là, ici et maintenant ; tout comme l’eau est là pour la vague. L’ultime est votre essence. En marchant et en respirant de la sorte vous êtes toujours en contact avec Dieu – non pas en tant que notion ou idée, mais en tant que réalité. Vous pouvez toucher Dieu en touchant une fleur, en touchant l’air, en touchant une personne. En dehors de tout cela, il n’y a pas de Dieu. Si vous retirez toutes les vagues, il n’y a plus d’eau. Toucher les merveilles de la vie en vous et autour de vous signifie toucher l’ultime. » [2, p. 30]

Globalement les écrits de Thich Nhat Hanh parfois redondants et le style est assez « simple », mais je pense qu’il est nécessaire de nous rappeler et de répéter ces préceptes issus du sens commun car nous avons trop souvent tendance à les oublier dès que nous replongeons dans notre vite toujours en mouvement – et là se trouve le principal message de Thich : il faut être pleinement conscient à tout moment, quelle que soit la tâche effectuée.

Commentaires divers

Dans la suite je résume certaines des grandes notions abordées dans les trois livres :

  • Le bouddhisme rejette tout dogme, car ce dernier s’oppose à la découverte de soi-même et nous cache le sens véritable : le zen insiste particulièrement sur le fait qu’il ne faut pas pratiquer pour être en accord avec un texte ou parce qu’une quelconque autorité l’a décrété, mais bien parce que cela nous permet d’évoluer. De même il est plus important de pratiquer et de laisser l’esprit du bouddhisme rythmer chaque instant de notre vie, même dans les moments qui semblent insignifiants (par exemple en faisant la vaisselle), car ce n’est pas par l’étude ou la glose que l’on découvrira l’éveil, qui est avant tout un travail intérieur.
  • Les livres, particulièrement ceux sur la paix, donnent des conseils très pragmatiques pour encourager la compassion et l’écoute de l’autre, car la plupart des querelles proviennent de rancœurs qui se sont accumulées car nous n’avons pas su nous ouvrir à l’autre et essayé de se mettre à sa place. Ainsi les « perceptions erronées » jalonnent nos interactions avec nos semblables et minent toute relation qui se voudrait durable.
  • Il est important de se mettre d’abord soi-même dans une bonne disposition avant d’être ouvert à l’autre, et ce n’est qu’en apprenant à se connaitre que l’on pourra supprimer notre égocentrisme et se tourner vers l’autre. Pour cela il peut être nécessaire de s’isoler afin de mieux s’introspecter.
  • La meilleure méthode pour permettre de dénouer les tensions dans les relations interpersonnelles consistent à permettre un libre échange de la part de chacune des personnes concernées, qui doit pouvoir s’exprimer en toute liberté. Toutefois cela peut-être difficile car on a tendance à s’emporter quand on est en colère. Dans ce cas la personne doit avant tout se calmer, puis quand elle se sent maitre de ses actes elle peut retrouver l’autre et lui expliquer ses griefs. Ce dernier doit alors pratiquer « l’écoute profond » qui consiste à permettre à l’autre d’expliquer ce qu’il a sur le cœur, et il ne faut en aucun cas analyser, questionner, chercher à expliquer : ce qui compte est uniquement d’être présent pour l’autre. Seulement plusieurs jours après, quand chacun aura examiner la situation en prenant en compte le point de vue de l’autre, les deux personnes pourront reprendre la discussion.
  • Pour être capable d’écouter l’autre et de le mettre en confiance il faut être soi-même capable de se calmer – en pratiquant les différentes méthodes de la pleine conscience – afin d’éviter de s’emporter. La pleine conscience consiste à savoir ce que l’on fait, c’est-à-dire s’observer agir presque en permanence (en cela on peut retrouver certains concepts de métacognition ; d’ailleurs il existe différentes thérapies cognitives qui utilisent les principes de la pleine conscience, cf par exemple es programmes MBCT et MBSR) : par exemple en marchant, en buvant du thé, ou simplement en s’arrêtant pour respirer.
  • À ce sujet Thich rappelle qu’il faut trouver le bonheur dans l’instant présent et apprendre à trouver la paix en nous-mêmes, a fortiori dans nos sociétés modernes où nous sommes sans cesse agressés par l’extérieur qui envahit notre espace mental (publicités, moyens de communication présents à tout instant…) et où nous avons perdus l’habitude de prendre notre temps et de ne pas s’inquiéter du futur ni du passé (pour produire plus, avoir un meilleur diplôme, etc.).
  • Il est important d’être capable d’analyser les racines de sa propre colère et de sortir du schéma destructeur qui consiste à rendre les autres responsables de nos malheurs, et donc à vouloir se venger en croyant que nous nous sentirons mieux (loi du talion) ; en réalité cela ne fait qu’augmenter la peine des deux côtés et conduit à une escalade de la souffrance. Il vaut mieux reconnaître qu’une grande partie de notre souffrance est due à nos propres actes, et donc il faut apprendre à reconnaître notre colère et, a fortiori, à l’accepter (e.g. prendre conscience de la « force d’habitude » qui nous pousse à reproduire les mêmes actes que ceux qui nous entourent, par exemple le père qui maltraite son fils parce que son propre père l’a habitué à cela).
  • Une vie spirituelle est extrêmement importante pour permettre à une communauté de vivre en paix et d’apprendre à s’écouter les uns les autres.
  • Le concept de kong-an (moyen habile) est une des pratiques du zen visant à « déclencher » l’éveil.
  • Les divers « rituels » bouddhistes sont en réalité plutôt des méthodes de raviver continuellement notre conscience de nous-mêmes et des autres afin de nous encourager constamment à suivre nos vœux et à continuer la pratique à tout moment.

Bibliographie

  1. Clés pour le zen, Thich Nhat Hanh, Pocket, 2001.
  2. La paix en soi, la paix en marche, Thich Nhat Hanh, Albin Michel, 2006.

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